Laguna Blanca

Me revoilà, après un mois isolée dans la puña argentine, chargée de souvenirs et de bonnes rencontres que je vais essayer de résumer. D’abord le trajet. Nous partons de l’auberge, Ghislain, Natalia, Francesca, Clémence et moi pour retrouver les autres au terminal. Nous attendent Houda, une française installée à Rosario (Argentine) depuis un an, ex-étudiante en archéologie, Anaïs, encore une française, et deux membres de l’équipe scientifique: Andres et Nati. Nous prennons un premier bus pour Belen oú nous attend un autre bus, El Antofagasteño, fortement cabossé mais qui roule encore. Commence alors la véritable ascension. Je me laisse bercer par les cahots de la route avec l’impression agréable de quitter peu à peu la civilisation. Le bus s’arrete de temps en temps pour faire descendre un passager ou livrer un colis au milieu de nulle part. La nuit tombe petit à petit. Nous nous arretons pour manger dans un restaurant sur le bord de la piste. Nous profitons du calme de la nuit et des étoiles avant de remonter dans le bus pour la fin du voyage. Nous arrivons finalement vers minuit, sans encombre (nous sommes apparemment chanceux car les problèmes techniques et les cours d’eau en crue retardent généralement le trajet). Nous attendent le reste de l’équipe arrivé en camionnette le jour précédent: Mariangeles, étudiante en histoire de l’art à Mendoza, Nico, étudiant en anthropologie à Buenos Aires, Leo, étudiant en dessin à Catamarca et Ulrike, une avocate allemande. Nous rencontrons également les autres membres de l’équipe: Daniel, le responsable, Valeria et Gustavo, doctorant. Alejandro nous rejoindra en cours de fouille. Nous nous installons dans le petit musée qui sera notre base pour le mois.

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Le lendemain, premier contact avec le site. Valeria nous fait un topo: il s’agit d’un site d’habitat présentant plusieurs périodes d’occupation, ce qui est rare en Amérique du sud, l’habitat étant très dispersé. On a donc une première occupation formative (habitat dispersé, chaque habitat possède ses propres espacs pour l’agriculture et l’élevage). Cette période est généralement suivie d’une période dite de développement régional (centres urbains, séparation des zones de production agricole et de l’habitat, conflits) mais elle n’apparait pas à Laguna Blanca. L’occupation qui suit est marquée par la colonisation inca vers 1450. Elle se repère facilement par le changement de plan des structures, les incas importent le plan quadrangulaire, inconnu jusqu’alos, toutes les structures anciennes étant circulaires. Non loin du site se trouve un site inca, Caranchi Tambo, qui servait de relais à l’administration inca, on y stockait les parts de la récolte destinée à Cuzco et l’armée s’y arretait dans ses déplacement le long des routes incas. On a également un sanctuaire d’altitude plus haut dans la montagne, symbole de la domination inca. En bref, le site que nous fouillons, Fetejo de los Indios, se compose de 3 « recintos » (petites enceintes) accolés.

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Les premiers jours, j’aide Gustavo à faire des relevés topographiques dans les environs du site pour recenser toutes les structures visibles et en faire un plan général. Pendant ce temps, le reste de l’équipe s’occupe de faire tous les relevés du site, pierre par pierre, ce qui est long et fastidieux, surtout avec le vent qui fait bouger les carroyages. Après quelques jours, la fouille peu commencer. L’équipe se répartis en trois groupes: un par recinto. Je fouille le recinto 1 avec Valeria, Ghislain, Francesca et Mariangeles.

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Le matin, nous nous entassons à l’arrière d’une camionette un peu branlante qu’il faut pousser une fois sur deux pour faire démarrer et qui peine en laissant échapper une fumée noire dans les montées. Nous allons jusqu’à la maison de Doña Dora où nous laissons une partie du matériel. C’est une petite maison en pierre composée d’une pièce d’habitation et d’une autre avec une fenêtre pour la cuisine. Tout autour gravitent chèvres, chiens et poules et Doña Dora au milieu qui nous salue tous les matins. Nous allons jusqu’au site en marchant à travers pierres et cactus.

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Le soir, nous sommes accueillis par Doña Rosa qui nous prépare à manger, souvent accompagnée de sa fille, Liliana, ou de sa belle fille, Maria et de ses petits enfants: Janina, 11 ans, Exekiel, 10 ans, il nous accompagne souvent sur la fouille,  Camilo, 7 ans, Renato, Milton et Danilo. À travers eux, nous découvrons la vie à Laguna Blanca. Apprendre à faire des empanadas avec Doña Rosa, jouer au foot avec les gamins… On prend un maté, ceux qui en ont le courage se douchent à l’eau froide et nous allons manger. Ensuite, partie de « Diez mil », un jeu de dés ou de « Truco », le jeux de cartes le plus populaire en Argentine.

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Le premier dimanche, premier jour de repos, nous sommes invités à manger par le propriétaire des environs. Depuis l’invasion espagnole, les habitants ont été destitués de leurs terres et vivent aujourd’hui sur un terrain privé. C’est un peu un 2repas chez l’ennemi » puisque les relations n’ontpas toujours été bonnes avec le propriétaire. Les fouilles ont commencé clandestinement et il s’est opposé fusil en main à la construction par l’état d’un meilleur chemin pour permettre aux secours d’arriver plus rapidement à Laguna Blanca de peur de voir arriver plus d’habitants. Les archéologues espèrent, par le biais des fouilles, pouvoir aider les habitants dans leur revendication de recouvrer leurs terres en apportant des preuves de l’ancienneté de leur présence et aider à mieux connaitre leur histoire. C’est la première fois qu’un tel repas à lieu et le recteur de l’Université y est convié. En un mot, très politiquement correct. À la fin du repas, nous avons droit à un discours très solennel. Nous allons ensuite voir des gravures rupestres non loin de a maison du propriétaire. On découvre le motif surprenant d’un personnage à la tête carrée coiffé de deux antennes qui ressemble étrangement à un extra-terrestre. Il y a plusieurs sites un peu partout dans les environs.

Un soir, nous sommes invités à assister à la représentation d’un groupe détudiants d’art qui font un projet de théatre avec les enfants de l’école. On a droit à l’histoire de Kokena, l’esprit qui veille sur les vicuñas en éloignant les chasseurs avec l’aide de Pachamama. Plus tard, les étudiants nous jouent une pièce de leur invention et le groupe local commence à jouer leur musique. Les enfants connaissent les chansons par coeur et certains savent danser les danses traditionnelles, la chacarera et la zapatea (sorte de claquettes pour les hommes). Vikki, qui enseigne l’art à l’école de Laguna Blanca et vient nous visiter régulièrement, nous apprend à les danser le soir suivant.

Finalement, nous finissons la fouille du site à temps. Le recinto 1 se révelle surement être la cuisine (plusieurs foyers). Il présente une première structure rectangulaire (inca) et dessous, une structure circulaire. L’avant dernier jour, nous découvrons une céramique entière condamnée par une pierre plate sur son ouverture sous le mur le plus ancien, probablement partie d’un rite de fondation. Nous découvrons également deux étranges objets lithiques polis et de forme allongée avec un décor d’incisions à l’extrémité pointue etdes traces de percussion, on ne sait pas bien à quoi ils ont pu servir. Également,  une aire probable de production de céramique car on retrouve plusieurs taches d’argile assez importantes. Le dernier jour, nous rebouchons tout notre travail pour protéger les structures qui restent.

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Nous rentrons par le même chemin que nous avons pris pou venir: El Antofagasteño. Nous revenons à Catamarca et à la civilisation. Le lendemain, Daniel nous invite chez lui pour un asado (barbecue) pour feter dignement la fin du chantier. Tout le monde repars maintenant de son côter, moi pour Salta et San Pedro de Atacama qui sera la dernière étape de mon voyage.

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7 réflexions sur “Laguna Blanca

  1. Quelle belle équipe.. On sent la joie de vivre et aussi la passion partagée. Tes photos sont très belles. On a l’impression de vivre tout çà pleinement avec toi. Finalement, çà aura passé très vite tout çà. J’espère que tu resteras en contact avec toute ces personnages sympathiques et passionnés.
    j’ai hâte de te revoir…

  2. Contente de te retrouver….
    C’est super que tu aies pu avoir des contacts avec des familles vivants là bas…ils ont certainement beaucoup de choses à transmettre……Encore une expérience magnifiquement riche!
    Comme toujours, l’ équipe de fouille est faite de passionnés ………milieu passionnant …….et apparement plein d’énergie…::))
    Super heureuse pour toi.

  3. Ca a l’air génial! Et j’aime bien l’idée que l’archéologie puisse aider des habitants sur place à « reprendre leurs droits »!
    En tous cas, ça a du être sympa d’être plongé chez des familles et pas seulement se balader en touriste!
    J’attends la suite de ce blog avec impatience 😀

  4. Bien joué, j’ai appris plein de choses haha! Et puis ça rappelle des souvenirs tout ça, et que des bons!
    Bises

    • Merci 🙂 C’est vrai que ça donne envie d’y retourner!
      Bises à toi et peut être à un de ces jours sur un chantier 😉

  5. Gracias Camille!!! me emociona mucho que te haya gustado la experiencia que compartimos y también notar que prestaste mucha atención a nuestros relatos sobre la vida e historia de Laguna Blanca. Un beso enorme y espero poder verte pronto!!

    • Muchas Gracias Valeria! Me gustaria mucho volver, quizas un dia… nunca se sabe! Un beso a todos, suerte para las excavaciones siguientes en Laguna Blanca 🙂

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